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Allahissem Désiré, Directeur Général Adjoint de l’INSTA : L’ingénierie pédagogique au service de l’insertion professionnelle des étudiants tchadiens

Allahissem Désiré, Directeur Général Adjoint de l’INSTA : L’ingénierie pédagogique au service de l’insertion professionnelle des étudiants tchadiens

Chapeau introductif
Dans le cadre du projet APES-Tchad, visant à professionnaliser l’enseignement supérieur tchadien en agriculture et élevage, l’Institut National Supérieur des Sciences et Techniques d’Abéché (INSTA) se positionne comme un acteur clé de l’innovation pédagogique. Monsieur Allahissem Désiré, Directeur Général Adjoint de l’INSTA, partage son expertise sur l’adéquation entre les formations dispensées et les besoins du marché du travail. Son parcours, marqué par plus de dix ans de gestion académique, et sa vision pragmatique de l’insertion professionnelle offrent un éclairage précieux sur les défis et les solutions pour préparer les étudiants à un avenir professionnel exigeant.


1. L’INSTA : un établissement en mouvement au service de l’innovation pédagogique

1.1. Le rôle du Directeur Général Adjoint dans la gouvernance académique

En tant que Directeur Général Adjoint de l’INSTA, Monsieur Allahissem Désiré joue un rôle central dans la structuration des enseignements et l’alignement des programmes sur les besoins du terrain. "Je supplée le Directeur Général dans toutes ses tâches, en particulier les tâches administratives, mais mes missions principales concernent le domaine académique", explique-t-il. Son action s’articule autour de trois axes majeurs : l’organisation des enseignements en collaboration avec les chefs de département, la préparation des jurys et la présentation des résultats en fin d’année. Cette organisation permet de garantir une cohérence pédagogique tout en répondant aux exigences du secteur professionnel.

1.2. L’ouverture de nouvelles filières : une réponse aux enjeux technologiques et sociaux

Depuis 2023, l’INSTA a lancé six nouvelles filières, reflétant une volonté d’innovation et d’adaptation aux évolutions technologiques. Parmi celles-ci figurent la bioinformatique, la kinésithérapie, la maintenance des appareils biomédicaux, la biomécanique, le génie informatique, électrique et mécanique, ainsi que la radiologie et la théologie. "Ces filières étaient prévues dès la création de l’institut, avec une volonté de développer l’ingénierie biomédicale, un domaine en pleine expansion", souligne-t-il. L’intégration de l’intelligence artificielle dans l’analyse médicale, par exemple, illustre cette vision prospective. "Une IA peut interpréter une mammographie plus précisément qu’un humain, ce qui fait de l’ingénierie biomédicale un secteur d’avenir", ajoute-t-il.

1.3. Un ancrage historique dans les sciences biomédicales

L’INSTA a débuté avec un département de sciences biomédicales, dont les alumni occupent désormais des postes clés dans les structures sanitaires tchadiennes. "Dans n’importe quelle structure de santé au Tchad, vous trouverez un ancien étudiant de l’institut dans les domaines de la pharmacie et des sciences biomédicales", constate Monsieur Allahissem. Cette filière, initialement centrée sur l’analyse biomédicale, a évolué pour intégrer des compétences en maintenance d’équipements médicaux et en bioinformatique, répondant ainsi aux besoins croissants des établissements de santé.


2. L’adéquation formation-emploi : un enjeu central pour l’INSTA

2.1. Des formations conçues pour répondre aux besoins du marché

L’une des priorités de l’INSTA est de garantir que ses programmes correspondent aux défis de développement du Tchad, tant en milieu rural qu’urbain. "Notre mission est de former des cadres dans les domaines techniques où le besoin se fait sentir", déclare Monsieur Allahissem. Par exemple, le génie électrique a été renforcé avec une spécialisation en systèmes photovoltaïques, en réponse à l’électrification croissante du pays. "Nous formons des licenciés bac+3 capables de réaliser des installations solaires adaptées, un secteur en plein essor au Tchad", précise-t-il.

2.2. L’importance des stages : un pont entre théorie et pratique

Les stages occupent une place centrale dans le cursus de l’INSTA, avec une durée variable selon les filières. "Nos enseignants en masso-kinésithérapie effectuent six mois de stage en entreprise, tandis que les étudiants en énergie et mécanique passent par la SLD (Société de Logistique et de Distribution), qui couvre tous les corps de métier", explique-t-il. Ces stages permettent aux étudiants d’acquérir des gestes professionnels concrets et de valider leurs compétences sur le terrain. "Nous avons remarqué que nos étudiants de troisième année, notamment en génie électrique et mécanique, réalisent des installations dans la ville, ce qui témoigne de leur maîtrise des techniques enseignées", observe-t-il.

2.3. Un suivi rigoureux des compétences acquises

Le retour des maîtres de stage est systématiquement analysé pour ajuster les programmes. "Si un étudiant n’est pas jugé compétent dans un domaine, nous proposons des mécanismes correctifs pour répondre à ce besoin", indique-t-il. Bien que les échecs en stage soient rares, l’INSTA a mis en place un processus de rattrapage pour les étudiants dont le stage n’a pas été validé. "Généralement, les étudiants envoyés en stage ont déjà validé leur cursus théorique, ce qui limite les risques d’échec", souligne-t-il.


3. L’entrepreneuriat : un levier pour l’insertion professionnelle

3.1. L’intégration de l’entrepreneuriat dans les curricula

Face à la difficulté croissante pour les diplômés de trouver un emploi formel, l’INSTA a révisé ses programmes pour inclure des enseignements en entrepreneuriat. "Nous avons ajouté des matières comme la création d’entreprise et la génération de fonds, car techniquement, nos étudiants sont compétents, mais l’aspect auto-emploi était insuffisamment développé", explique Monsieur Allahissem. Cette initiative a déjà porté ses fruits, avec deux étudiants ayant créé leur propre entreprise, dont l’un est désormais maître de stage pour les promotions suivantes en photovoltaïque.

3.2. Une approche innovante : le recrutement par ville

Pour favoriser l’insertion locale, l’INSTA a mis en place un système de recrutement ciblé. "Nous recrutons des étudiants en fonction de leur ville d’origine, avec l’idée qu’à la fin de leur formation, ils restent ensemble et se répartissent dans leur région", détaille-t-il. Cette approche, testée depuis quatre ans dans des villes comme Moundou, N’Djamena, Mongo et Abéché, vise à renforcer les compétences locales et à créer des dynamiques économiques locales. "Nous n’avons pas encore assez de recul pour évaluer pleinement son impact, mais l’objectif est de permettre aux diplômés de contribuer au développement de leur communauté", précise-t-il.

3.3. Vers un parcours diplômant incluant un projet entrepreneurial

Monsieur Allahissem se montre enthousiaste à l’idée d’un parcours associant études et création d’entreprise comme modalité de diplôme. "Nos étudiants ont beaucoup d’idées, mais ils manquent souvent d’expérience pour les structurer. Si nous les aidons à concrétiser ces projets, je suis convaincu que de nombreuses entreprises émergeront", affirme-t-il. Cette proposition s’inscrit dans une logique de professionnalisation accrue, où l’insertion professionnelle ne passe plus uniquement par l’emploi salarié, mais aussi par l’entrepreneuriat.


4. Le suivi des anciens étudiants : un défi à relever

4.1. Un système de suivi encore informel, mais en cours de formalisation

Le suivi des alumni reste un point faible pour l’INSTA, notamment pour les licences. "Nous n’avons pas assez de moyens pour suivre nos diplômés en licence, mais pour les masters, nous avons une cartographie presque exacte de leur parcours", reconnaît-il. Le projet Z, en collaboration avec une ONG, a permis de mettre en place un bureau d’orientation-emploi chargé de collecter des données sur les étudiants à leur entrée et à leur sortie. "Ce suivi se fait pour l’instant de manière informelle, mais nous travaillons à le formaliser", explique-t-il.

4.2. L’importance de maintenir le lien avec les alumni

Monsieur Allahissem insiste sur la nécessité de sensibiliser les étudiants à l’importance de rester en contact avec l’institut. "Certains étudiants coupent tout lien après leur diplôme, alors qu’il est de notre responsabilité de les contacter pour savoir ce qu’ils deviennent", souligne-t-il. Une base de données centralisée, incluant les coordonnées de tous les anciens étudiants, est essentielle pour évaluer l’impact des formations et ajuster les programmes. "Les alumni structurés, comme ceux en France, peuvent apporter une contribution inestimable au développement du Tchad", ajoute-t-il.


5. Les dispositifs d’accompagnement et les perspectives d’avenir

5.1. Le bureau d’insertion professionnelle : un outil clé pour l’employabilité

Le projet Z a permis la construction d’un bureau d’insertion professionnelle entièrement dédié à l’accompagnement des étudiants. "Ce bureau n’est pas généraliste, car nous sommes partis de nos curricula existants pour identifier nos forces et nos faiblesses", explique-t-il. Ses missions principales incluent la gestion des stages, la publication des offres d’emploi et la sensibilisation des entreprises à l’accueil des stagiaires. "L’objectif est de rendre les stages formels, avec un démarrage effectif le 1er avril, et non le 2 mai comme cela arrive parfois", précise-t-il.

5.2. Renforcer les partenariats avec les entreprises

L’INSTA collabore avec de nombreuses entreprises, mais les partenariats en matière de stages nécessitent un renouvellement. "Il faudrait réactualiser ces accords et rappeler aux entreprises l’intérêt d’encadrer un étudiant pour contribuer à la formation des futures générations", souligne-t-il. Les alumni ayant créé leur entreprise jouent un rôle crucial dans ce processus, en revenant partager leur expérience avec les étudiants. "Ils ne viennent pas nécessairement pour enseigner techniquement, mais pour parler de la création d’entreprise, ce qui marche très bien", constate-t-il.

5.3. Vers une autonomisation des filières par les alumni

L’INSTA envisage de développer davantage les liens avec ses anciens étudiants pour renforcer l’autonomie des filières. "Si les alumni s’organisent entre eux, ils peuvent apporter une contribution majeure à plusieurs niveaux, notamment en facilitant l’insertion des nouveaux diplômés", déclare-t-il. Cette dynamique, inspirée des réseaux d’anciens étudiants bien structurés à l’étranger, pourrait transformer l’INSTA en un écosystème d’innovation et d’emploi durable.


Conclusion : des pistes concrètes pour une insertion professionnelle réussie

L’entretien avec Monsieur Allahissem Désiré révèle une institution résolument tournée vers l’innovation pédagogique et l’adéquation formation-emploi. Plusieurs axes se dégagent pour renforcer l’insertion professionnelle des étudiants de l’INSTA :

  • Poursuivre l’ouverture de filières en phase avec les besoins technologiques et sociaux, notamment dans les domaines de l’énergie renouvelable, de la santé et de l’informatique.
  • Renforcer le suivi des stages et des alumni, en formalisant les processus de collecte de données et en maintenant un lien actif avec les anciens étudiants.
  • Intégrer davantage l’entrepreneuriat dans les curricula, en proposant des parcours diplômants incluant des projets de création d’entreprise.
  • Optimiser les partenariats avec les entreprises, en réactualisant les conventions de stage et en impliquant davantage les alumni dans l’accompagnement des étudiants.

"Notre objectif n’est pas seulement de former des diplômés, mais des professionnels capables de transformer leur environnement", résume Monsieur Allahissem. À travers ces initiatives, l’INSTA se positionne comme un acteur clé du développement des compétences au Tchad, en alignant ses formations sur les réalités du marché du travail et en encourageant l’auto-emploi. Ces efforts, combinés à une gouvernance académique rigoureuse, ouvrent la voie à une insertion professionnelle durable pour les étudiants tchadiens.

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Modifié le: dimanche 24 mai 2026, 10:37