Interview avec ZAKARIA ADOUM ISSA
Chef de Département Aménagement et écologie pastorale
Institut National Supérieur de l’Élevage de Moussoro (INSEM)
Intervieweur : Je suis en quelque sorte un consultant et je m'occupe de l'orientation et de l'insertion professionnelle au sein de l'APES, pour faciliter les questions d'orientation.
Interviewé : C'est exact.
Intervieweur : Nous allons commencer comme vous arrivez. D'abord, je voudrais vous dire un grand merci pour la disponibilité que vous avez affichée, pour nous permettre d'échanger aujourd'hui autour des questions liées à l'orientation et à l'insertion de nos jeunes formés dans nos institutions de formation supérieure.
Interviewé : Je vous remercie.
Intervieweur : Moi, je m'appelle Djikolmbaye Djibé Osée, je suis expert en orientation et insertion professionnelle pour le compte du projet d'appui à la professionnalisation de l'enseignement supérieur au Tchad. Dans le cadre de ce projet, il y a plusieurs activités que nous menons, parmi lesquelles une action qui porte sur la mise en place de cellules d'aide à l'orientation et à l'insertion dans les établissements bénéficiaires de l'APES. Dans ce cadre-là, je suis chargé de faire des missions de terrain pour prendre le pouls et analyser les réalités du terrain, ce qui nous permettra de voir comment installer les cellules dans ces établissements. C'est dans ce cadre que je vous rencontre aujourd'hui. Merci pour votre disponibilité et pour ce temps d'échange que nous aurons ensemble.
Intervieweur : Je vais vous laisser le temps de vous présenter votre département et ce que vous faites au quotidien dans ce département, quel est le travail que vous faites, à quoi travaille le département que vous dirigez ?
Interviewé : Le département Aménagement et Écologie Pastorale est un nouveau département. Il s'agit en réalité de la troisième promotion qui doit sortir cette année, alors que le département a été créé il y a cinq ans. C'est le département qui compte le plus grand nombre d'étudiants.
Au sein de ce département, en tant que chef de département, je m'occupe d'abord de la mise en œuvre du programme et de la planification des activités. J'invite les enseignants, car nous travaillons à la fois avec des enseignants permanents et des enseignants vacataires. Comme l'effectif des enseignants permanents n'est pas suffisant pour couvrir les besoins, nous faisons aussi appel à des enseignants vacataires. Je m'occupe également de la planification des enseignants vacataires, car il faut établir un planning et coordonner leurs interventions en tenant compte de leurs contraintes professionnelles et des exigences de temps. Nous devons respecter le calendrier académique qui commence en octobre et se termine à la fin du mois de juin.
Je m'occupe aussi des stages des étudiants. Les étudiants de deuxième année effectuent des stages monographiques, et ceux de troisième année réalisent des stages professionnels. Nous devons prendre contact avec les structures d'accueil et leur adresser des lettres de recommandation pour l'acceptation officielle des étudiants. Nous travaillons en coordination avec les autres départements, car certaines matières sont communes. Il faut éviter les chevauchements et organiser les activités de manière cohérente. Nous collaborons également avec la direction des études, les services de la scolarité et les services de la coopération, car les activités avec les structures externes nécessitent leur intervention. Nous avons initié ces activités en impliquant tous ces services.
Nous nous occupons également de la programmation des évaluations.
Actuellement, quels sont les dossiers qui sollicitent le plus votre attention dans votre département ? Les dossiers urgents, par exemple, ceux qui nécessitent une attention particulière à cette période ?
Interviewé : Les dossiers qui sollicitent actuellement notre attention sont, en premier lieu, la question des enseignants permanents. Leur nombre est insuffisant, ce qui nous oblige à recourir fréquemment à des enseignants vacataires. Or, ces derniers ne sont pas toujours disponibles ou ne répondent pas toujours aux exigences requises.
Un autre dossier qui nous préoccupe est celui de la formation des étudiants et de leur insertion professionnelle. Une fois leur formation terminée, il est essentiel qu'ils puissent accéder à un emploi. Comment ces étudiants peuvent-ils effectivement trouver un emploi après avoir obtenu leur diplôme ?
Intervieweur : Déjà en abordant ce point de l'insertion via l'employabilité des jeunes, cela m'amène à aborder un deuxième point sur l'état des lieux des questions d'orientation et d'insertion des étudiants. Alors, je voudrais vous demander comment vous décririez le dispositif, même informel, qui existe au sein de votre département pour l'orientation et l'insertion professionnelle des étudiants ?
Interviewé : À ce jour, il n'existe pas de structure formelle dédiée à l'orientation et à l'insertion des jeunes au sein du département. Cependant, les étudiants posent régulièrement des questions sur leur avenir professionnel : où travailler après l'obtention de leur diplôme et quelles sont les possibilités d'accès à l'emploi.
Nous leur apportons des orientations de manière informelle. Parfois, grâce à nos relations, nous soutenons l'insertion professionnelle de certains étudiants, notamment dans le domaine de l'élevage. Connaissant les profils des étudiants que nous formons et les activités des structures du secteur, nous utilisons ces réseaux pour faciliter leur insertion professionnelle. Il s'agit d'aspects non administratifs et informels.
Nous donnons des conseils aux étudiants sur les possibilités d'accès à l'emploi ou d'insertion professionnelle dans des structures étatiques ou privées.
Intervieweur : D'accord. Cela me mène à rester sur cette question de l'insertion. Vous avez indiqué qu'il n'existe pas de dispositif formel, mais que vous travaillez de manière informelle dans ce sens. Si l'on devait envisager la création d'une structure, quelles ressources auriez-vous besoin pour mener à bien la mission d'orientation et d'insertion au sein de l'institution ?
Interviewé : Pour mettre en place un dispositif formel, il faudrait du personnel technique dédié à cette tâche. Il faudrait également prévoir un budget pour la rémunération de cette personne et pour les moyens de travail nécessaires. Ces éléments sont essentiels pour l'institution, car former des étudiants et les positionner dans la vie professionnelle est valorisant. Cela permettrait aussi à l'institution de mesurer l'impact de ses formations et l'employabilité de ses diplômés.
Intervieweur : D'accord. Abordons maintenant la question de l'accompagnement des étudiants. Vous avez mentionné que certains étudiants viennent vous voir et que vous échangez avec eux. Concrètement, comment se déroulent ces échanges lorsque l'étudiant exprime une préoccupation liée à son avenir professionnel ?
Interviewé : Concrètement, nous fournissons des explications et des conseils aux étudiants. Le département Aménagement et Écologie Pastorale est un domaine lié au secteur de l'élevage, mais il est aussi transversal, car il intègre des aspects écologiques. Nous informons les étudiants sur les possibilités de travailler dans le ministère de l'Élevage, dans les ONG ou dans d'autres secteurs liés à l'environnement.
Les étudiants ne connaissent pas toujours les débouchés professionnels liés à leur formation. Nous les orientons donc vers ces différentes possibilités.
Intervieweur : Vous mentionnez que vous les orientez vers des interlocuteurs ou des outils. Est-ce que, parfois, vous les orientez vers un autre interlocuteur ou leur proposez des outils pour les aider à mieux se positionner et améliorer leur employabilité ?
Interviewé : Oui, nous leur donnons des conseils et des informations, notamment sur l'entrepreneuriat. Nous ne nous limitons pas à leur proposer des emplois dans la fonction publique ou le secteur privé, mais nous leur présentons aussi la possibilité de créer leur propre entreprise. D'ailleurs, nous dispensons un cours sur l'entrepreneuriat et la gestion de projets en troisième année. Il s'agit donc de possibilités concrètes à leur disposition.
Intervieweur : Une question qui vient à l'esprit : les étudiants que vous formez sont spécialisés dans le domaine de l'élevage. Ont-ils conscience que leur principal terrain d'action est le monde rural ? Ont-ils vraiment cette prise de conscience, ou préfèrent-ils chercher du travail en ville ? Comment les percevez-vous ?
Interviewé : Vous avez tout à fait raison de souligner ce point. Le secteur de l'élevage est effectivement lié au monde rural. Nous leur rappelons régulièrement qu'ils sont des agents du monde rural et qu'ils sont formés pour travailler dans ce secteur. Même s'ils peuvent aussi travailler dans d'autres secteurs en ville, leur profil est avant tout destiné au monde rural.
Intervieweur : Concernant le suivi des anciens étudiants, vous avez indiqué que c'est la troisième promotion qui achève sa formation cette année, alors que le département existe depuis cinq ans. Quelles méthodes utilisez-vous au sein de votre département pour rester informé du parcours de vos anciens étudiants après leur départ ?
Interviewé : Il n'existe pas de méthode officielle. Cependant, nous restons en contact avec les étudiants pendant leur formation, et ils nous contactent également. Ils utilisent notamment une plateforme WhatsApp pour échanger entre eux. Nous recevons donc des informations de manière informelle. De plus, la direction de la statistique et de la digitalisation du ministère de l'Enseignement supérieur a créé des points focaux au sein de chaque institution pour collecter des données statistiques, notamment sur l'insertion professionnelle des étudiants. Ces activités sont encore en phase de démarrage.
L'année dernière, nous avons participé à une formation à N'Djamena et avons reçu une mission de collecte de données précises : effectifs des dernières années (2023, 2024, 2025), diplômes délivrés, etc. Ces informations pourraient nous permettre de suivre l'impact de nos formations. Cependant, les points focaux ne sont pas encore pleinement opérationnels, car ils viennent d'être mis en place.
Intervieweur : Parlons maintenant de la réalité du terrain. En tant que chef de département, quel regard portez-vous sur la préparation de vos étudiants aux exigences spécifiques du secteur de l'agriculture ou de l'élevage au Tchad ? Comment les préparez-vous à ces exigences du monde rural ? Ont-ils une préparation suffisante pour s'intégrer dans ce secteur ?
Interviewé : Les programmes de formation ont été récemment actualisés et harmonisés entre les différentes institutions d'enseignement supérieur qui proposent des filières similaires. Cette harmonisation vise à aligner les formations sur les réalités du terrain. Les programmes mis à jour sont désormais utilisés, ce qui permet aux étudiants d'être suffisamment outillés pour répondre aux exigences du monde rural.
Intervieweur : D'accord. Pour être plus concret, que font concrètement les étudiants dans le domaine de l'aménagement et de l'écologie pastorale ?
Interviewé : Les étudiants de ce domaine travaillent sur tout ce qui concerne l'aménagement pastoral : infrastructures pastorales, parcs pastoraux, etc. Ils doivent également intégrer dans leurs activités la préservation de l'écologie. Il s'agit donc d'équilibrer les impératifs de l'aménagement pastoral avec ceux de la préservation écologique.
Intervieweur : Parlons maintenant des gestes du métier ou des gestes professionnels. Comment évaluez-vous le niveau de maîtrise de ces gestes par les étudiants ? Et en complément, avez-vous dans votre planning des plages réservées à des professionnels du secteur qui viennent partager leur expérience avec les étudiants ?
Interviewé : Nous faisons effectivement appel à des enseignants de l'INSEM et d'autres institutions, mais nous invitons aussi des professionnels du terrain pour dispenser des cours. Par exemple, nous avons récemment organisé un cours sur la politique des débits et les bases méthodologiques de l'espace pastoral. L'enseignant invité était le conseiller du ministre des Élevages, une personne ayant une longue expérience dans le domaine du pastoralisme, ayant travaillé sur le terrain et dans des organisations internationales. Ces professionnels apportent des détails et des orientations complémentaires aux enseignements dispensés.
Intervieweur : Comme vous l'avez souligné, cet entretien met en lumière la nécessité de créer cette cellule d'aide à l'orientation et à l'insertion pour accompagner les étudiants.
Vous avez partagé avec nous votre gestion quotidienne, l'accompagnement des étudiants et leur suivi. Je vous laisse le temps, si vous avez un mot de la fin à ajouter concernant cet entretien et l'appréciation que vous portez sur l'avenir, si je puis dire, de la mise en place de cette cellule dans les établissements.
Interviewé : Concernant l'orientation et l'insertion professionnelle des étudiants, notamment à l'INSEM, je pense que cette initiative est excellente et salutaire. Nous souhaitons vivement que cette cellule soit mise en place rapidement dans les établissements. Les étudiants, une fois leur diplôme en main, se préoccupent de leur insertion professionnelle et de l'emploi. Si une cellule dédiée existe, cela les rassurera et les motivera même dans leurs études. Certains étudiants entament leurs études en se demandant s'ils trouveront un emploi à la fin. La mise en place de ces cellules les rassurera et les accompagnera dans leur insertion professionnelle. C'est donc une initiative utile qui doit être déployée dans les meilleurs délais.
Intervieweur : En plus, nous parlons peut-être de mobiliser du personnel enseignant au sein des institutions. Pensez-vous à un collègue qui pourrait, en attendant de trouver un personnel technique qualifié, nous aider à animer cette cellule ?
Interviewé : Oui, effectivement. J'ai un collègue avec qui je travaille depuis plusieurs années et dont je connais bien les qualifications et l'expérience. Il existe des profils parmi les collègues qui pourraient nous accompagner dans cette mission en attendant la mise en place d'une cellule formelle.
Intervieweur : Avez-vous un nom à proposer ?
Interviewé : Oui. Je pense notamment à M. Cap Danat, un collègue qui était présent lors de votre passage. Il est enseignant à l'INSEM. Il pourrait effectivement nous aider dans ce sens.
Intervieweur : Et peut-être aussi un étudiant ?
Interviewé : Oui, le chef de série de Clarisse pourrait également apporter son soutien.
Intervieweur : D'accord. Je vais transmettre ces éléments à l'équipe du projet, qui définira les critères de désignation en fonction des observations que j'ai faites. Nous verrons ensuite si les profils correspondent.
Interviewé : Oui.
Intervieweur : Et comment procéder à leur désignation ?
Interviewé : Il faut également tenir compte du critère de résidence dans la localité de l'institution. La plupart des enseignants et du personnel sont basés sur place, même si certains peuvent se déplacer pour des raisons professionnelles.
Intervieweur : D'accord.
Interviewé : Sinon, les anciens étudiants sont tous des anciens de l'INSEM.
Intervieweur : Très bien. Merci pour ces éléments.
Interviewé : Je vous remercie.
Intervieweur : Je les transmettrai pour soumettre un petit document.
Interviewé : Merci.
Intervieweur : Bien, merci.