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Interview du Pr Yaya Dagal Dari, Directeur Général de l'INSTA

Interview du Pr Yaya Dagal Dari, Directeur Général de l'INSTA

Perspectives sur l'orientation, l'insertion professionnelle et la professionnalisation de l'enseignement supérieur tchadien dans les domaines de l'agriculture et de l'élevage


Chapeau introductif

Cette interview a été réalisée dans le cadre du Fonds Équipe France - Appui à la Professionnalisation de l'Enseignement Supérieur au Tchad (FEF-APEES-Tchad), un projet visant à renforcer la gouvernance, l’adéquation socio-économique et la prospective des établissements universitaires tchadiens. Le Pr Yaya Dagal Dari, Directeur Général de l’Institut National Supérieur des Sciences et Techniques d’Abéché (INSTA), partage son parcours, son analyse des défis de l’orientation et de l’insertion professionnelle, ainsi que ses recommandations pour une meilleure synergie entre les formations dispensées et les besoins du marché du travail. Son expertise, forgée au sein même de l’institution qu’il dirige aujourd’hui, offre un éclairage précieux sur les enjeux de professionnalisation dans les secteurs stratégiques de l’agriculture et de l’élevage.


1. Parcours professionnel et vision stratégique du Directeur Général

Une carrière ancrée dans l’INSTA

Le Pr Yaya Dagal Dari incarne une trajectoire emblématique de l’INSTA : étudiant, laborantin, enseignant-chercheur, puis cadre dirigeant. Son parcours reflète une connaissance intime des défis et des atouts de l’institution. Après une licence en sciences techniques, il intègre l’équipe comme laborantin avant de gravir les échelons : chef de département du génie électrique (2017-2019), chef de service, puis Directeur Général depuis 2023. Cette expérience interne lui permet d’appréhender les forces de l’INSTA – des infrastructures modernes et des formateurs qualifiés – tout en identifiant les axes d’amélioration, notamment en matière d’orientation et d’insertion.

« Je suis un produit de la maison, revenu reprendre les rênes. Cela me permet de mieux répondre aux préoccupations et aux défis de l’INSTA. »

Une gouvernance axée sur l’adéquation formation-emploi

Son mandat est marqué par une réforme des programmes pour les aligner sur les besoins du marché, notamment dans les secteurs porteurs comme le photovoltaïque (énergies renouvelables) ou le génie biomédical (radiologie, biotechnologie). Ces ajustements visent à anticiper les évolutions socio-économiques, comme en témoigne la création de nouvelles filières en 2023, répondant à des demandes concrètes des employeurs locaux et nationaux.


2. État des lieux de l’orientation et de l’insertion professionnelle à l’INSTA

Des formations techniques en phase avec le marché… mais un accompagnement défaillant

L’INSTA se distingue par des formations techniques haut de gamme, en adéquation avec les besoins du marché. Les filières comme le génie électrique, mécanique ou biomédical sont sollicitées par des entreprises (SNU, Esso) ou des ONG (OMS), qui recrutent directement les diplômés. Pourtant, malgré cette adéquation, l’orientation des étudiants reste un point faible :

  • Absence de cellule dédiée opérationnelle : Un bureau d’orientation et d’emploi a été créé avec l’appui d’ONG (ESSOR, ATURAD), mais il manque de personnels qualifiés pour le rendre pleinement fonctionnel.
  • Manque de suivi post-diplôme : Peu de dispositifs permettent de tracer les anciens étudiants, sauf pour des programmes spécifiques comme le master Esso-TPC (financé par Esso), où un coordinateur centralise les données.

« Les étudiants, une fois formés, sont un peu laissés à leur triste sort. Ils cherchent du travail sans accompagnement. L’implantation d’une cellule d’orientation est donc cruciale pour nous. »

Un défi institutionnel : autonomie vs. intégration

Le Pr Dagal Dari souligne la nécessité de rendre la cellule autonome, avec des moyens humains et financiers dédiés. Actuellement, le bureau est rattaché au service académique, et son fonctionnement repose sur des chefs de service bénévoles, limitant son efficacité. Une autonomie permettrait :
- Un accompagnement personnalisé des étudiants (choix de filières, préparation aux entretiens).
- La création d’une base de données des alumni pour faciliter le suivi et les partenariats avec les employeurs.
- Une collaboration renforcée avec les entreprises et ONG pour mutualiser les offres d’emploi.

« Si nous avions les moyens, cette cellule pourrait être autonome, avec deux ou trois professionnels dédiés. Elle permettrait de suivre les étudiants même après leur diplôme et d’adapter nos formations en conséquence. »


3. Ressources disponibles et lacunes identifiées

Infrastructures et partenariats : des atouts à valoriser

L’INSTA dispose d’équipements modernes (laboratoires, outils de pointe) et de formateurs expérimentés, notamment dans les domaines du génie électrique et biomédical. Les partenariats avec des acteurs comme Esso, la SNU ou l’OMS sont solides et se traduisent par des recrutements directs de diplômés.

Manques critiques

Malgré ces atouts, plusieurs ressources manquent pour une orientation efficace :
- Personnels qualifiés en orientation : Les chefs de service actuels ne sont pas formés pour cette mission.
- Outils de suivi : Aucun registre centralisé des anciens étudiants n’existe, sauf pour des programmes ciblés (ex. : master Esso-TPC).
- Supports d’information : Pas de guide des métiers pour aider les jeunes à visualiser les débouchés de leurs formations.

« Il nous faut des personnes formées en orientation et insertion, avec des outils adaptés. Sans cela, la cellule restera inefficace. »


4. L’élevage et l’agriculture : entre adaptation et reconversion

Un département en mutation

Le département des sciences techniques d’élevage a connu une baisse drastique des effectifs en licence, passant de plusieurs dizaines d’étudiants à une dizaine seulement. Cette désaffection s’explique par :
- Une rupture des bourses pour les étudiants.
- Une réorientation vers le master décidée par le ministère, au profit de l’INSEM (Moussoro).

Pour éviter une disparition pure et simple, l’INSTA envisage de diversifier ses formations en ouvrant une licence en biotechnologie animale, combinant santé animale et innovations technologiques.

« Nous ne voulons pas fermer définitivement l’élevage. En lançant la biotechnologie animale, nous misons sur des formations porteuses, en lien avec les besoins du Tchad. »

Vers une approche intégrée

Cette réorientation illustre une stratégie globale : adapter les formations aux réalités du marché et aux besoins des zones rurales, où l’élevage et l’agriculture restent des piliers économiques. Le Pr Dagal Dari insiste sur l’importance de former des profils polyvalents, capables de répondre aux défis du développement tchadien.


5. Recommandations et perspectives pour une meilleure insertion

Priorités immédiates

  1. Rendre la cellule d’orientation autonome :
  2. Recruter des professionnels formés en orientation et insertion.
  3. Allouer un budget dédié pour son fonctionnement (salaires, outils, locaux).
  4. Créer une base de données des alumni pour un suivi post-diplôme.

  5. Développer des supports d’information :

  6. Produire un guide des métiers par établissement, listant les débouchés des formations.
  7. Organiser des sessions d’information pour les futurs étudiants et leurs familles.

  8. Renforcer les partenariats avec les employeurs :

  9. Mettre en place une plateforme collaborative pour mutualiser les offres d’emploi (entreprises, ONG, secteur public).
  10. Impliquer les employeurs dans la conception des programmes pour garantir leur pertinence.

Vision à long terme

  • Innover dans les formations : Développer des cursus hybrides (ex. : biotechnologie animale + énergies renouvelables) pour élargir les débouchés.
  • Créer un écosystème entrepreneurial : Encourager les étudiants à lancer des projets dans l’agroalimentaire ou les énergies vertes, en lien avec les besoins locaux.
  • Évaluer régulièrement l’adéquation formation-emploi : Utiliser les retours des alumni et des employeurs pour ajuster les programmes.

« L’orientation ne se limite pas à choisir une filière. Il faut accompagner les étudiants tout au long de leur parcours et au-delà, pour en faire des acteurs du développement du Tchad. »


Conclusion : L’INSTA, un modèle à renforcer pour l’avenir

L’interview du Pr Yaya Dagal Dari révèle une institution dynamique et engagée, mais confrontée à des défis structurels en matière d’orientation et d’insertion. Les atouts de l’INSTA – formations techniques de qualité, partenariats solides, infrastructures modernes – sont indéniables, mais leur impact est limité par l’absence de dispositifs d’accompagnement dédiés.

La mise en place des cellules d’aide à l’orientation, prévue dans le cadre du projet APES-Tchad, représente une opportunité majeure pour :
- Professionnaliser l’accompagnement des étudiants.
- Créer un pont entre les formations et le marché du travail.
- Valoriser les métiers de l’agriculture et de l’élevage, essentiels pour le développement rural.

En s’appuyant sur les recommandations du Pr Dagal Dari – autonomie des cellules, recrutement de spécialistes, création de supports d’information –, l’INSTA pourrait devenir un modèle de professionnalisation pour l’enseignement supérieur tchadien. Cette approche, si elle est généralisée, contribuerait à réduire le chômage des jeunes, à favoriser l’entrepreneuriat et, in fine, à renforcer la compétitivité du Tchad dans les secteurs stratégiques de l’agriculture et de l’élevage.


Document produit dans le cadre du projet APES-Tchad, visant à professionnaliser l’enseignement supérieur tchadien pour un développement durable.

Document généré par l'outil MAIA (Médiatisation assistée par IA) de la société ARIAE — ariae.fr
Modifié le: samedi 6 juin 2026, 13:35