Entretien avec BOUMGRO LIRAWA - Chef de Département des Sciences Agroalimentaires
Bonjour, chef de département.
Monsieur Boumgro.
Je suis Djikolmbaye Djibé, consultant expert en orientation et insertion professionnelle, missionné par l’enseignement supérieur et l’ambassade de France au Tchad dans le cadre du projet APES-Tchad. Ce projet, mis en place depuis plus d’un an, vise la professionnalisation de l’enseignement supérieur tchadien, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage.
Ce projet comprend plusieurs actions, dont l’auto-évaluation des curricula que nous avons menée ensemble. Aujourd’hui, nous abordons une nouvelle action, l’action 12, qui consiste à mettre en place une cellule d’aide à l’orientation et à l’insertion des étudiants en formation.
La question de l’orientation et de l’insertion professionnelle des jeunes reste un problème persistant qui n’a pas encore trouvé de solution satisfaisante. À travers ce projet, nous souhaitons initier des mesures concrètes pour aider les étudiants à s’insérer professionnellement. C’est dans ce cadre que je souhaite échanger avec vous sur plusieurs points. Nous aborderons notamment la connaissance des ressources disponibles, l’état des lieux actuel et l’accompagnement des étudiants.
Nous aurons ainsi trois à cinq points à traiter.
Oui, chérie ?
Il est venu me trouver, c’est bon ? Oui.
Il est déjà arrivé, nous sommes à l’université avec le chef du département du bureau.
Oui, c’est quand nous aurons terminé que nous répartirons les tâches. Tu lui as dit où il doit se rendre, à l’ONG, l’autre ONG ?
Ça s’appelle comment, déjà ? Mousta ? Mousta, quoi ?
D’accord, il faut l’appeler pour lui donner les informations.
Tu ne le situes plus comme ça, tant qu’il t’envoie directement là-bas.
D’accord, à tout à l’heure.
Voilà, c’est Cherif qui m’appelle de là-bas.
Voilà, nous aurons quelques questions à aborder. J’essaie de voir comment mobiliser les énergies et créer une synergie pour la mise en place de cette cellule d’aide à l’orientation et à l’insertion professionnelle.
1. Activités quotidiennes du département
Pour commencer, pourriez-vous me parler de votre quotidien à la tête du département des sciences agroalimentaires ? Quelles sont vos activités principales ?
Merci pour votre accueil au département des sciences agroalimentaires. Nos activités quotidiennes sont principalement académiques. Nous veillons à la bonne organisation des enseignements et à leur suivi régulier. Nous organisons également les activités du département, notamment les réunions avec les enseignants en cas de besoin ou pour résoudre des problèmes. Nous assurons aussi la gestion des travaux pratiques lorsque cela est possible.
En tant que chef de département, j’ai établi un espace de formalité auprès des autorités pour faciliter l’obtention des moyens nécessaires à la réalisation des travaux pratiques.
Voilà ce que nous faisons au quotidien.
Parmi ces activités, quels sont les dossiers ou sollicitations qui mobilisent le plus votre attention en ce moment ?
Les travaux pratiques retiennent particulièrement mon attention. Dans notre département, l’enseignement est souvent théorique, mais ce qui m’intéresse davantage, c’est la pratique. Lorsque des enseignants d’autres universités (comme celles de Djamena, Moundou ou Abéché) viennent dispenser des cours, je m’efforce de mobiliser les moyens nécessaires pour qu’ils puissent organiser des travaux pratiques. Malheureusement, ces moyens font souvent défaut, et nous nous limitons alors à la théorie. Cela me préoccupe beaucoup.
C’est effectivement un point crucial. Renforcer la pratique est une démarche essentielle.
Absolument.
2. Orientation et insertion professionnelle
Au niveau de votre département, existe-t-il un dispositif, même informel, permettant d’orienter les étudiants vers des opportunités professionnelles ?
Nous n’avons pas de dispositif formalisé à proprement parler, mais les enseignants jouent un rôle actif dans l’orientation des étudiants. Nous les conseillons sur les domaines dans lesquels ils se spécialisent, les orientons vers des ONG ou d’autres structures où ils pourraient trouver du travail. Certains étudiants, après avoir suivi nos conseils, ont été recrutés par des ONG.
Nous encourageons également les étudiants à effectuer des stages de perfectionnement ou des stages pratiques. Ces stages leur permettent de découvrir des opportunités et, s’ils font preuve de sérieux et de performance, peuvent déboucher sur un contrat de travail. Nous organisons aussi des séances de conseil avant le départ des promotions, en leur indiquant vers qui se tourner et quelles démarches suivre.
Vous avez donc déjà une démarche informelle en place. Si l’on devait formaliser cette structure, de quelles ressources auriez-vous besoin pour mener à bien cette mission ?
Nous aurions besoin d’un professionnel spécialisé dans l’orientation et l’insertion professionnelle. Cette personne pourrait collaborer avec les acteurs déjà engagés dans ce domaine, se former auprès d’eux et nous guider pour mieux orienter nos étudiants.
Sans cette cellule ou ce service, les étudiants quittent l’université sans conseils clairs sur leur avenir professionnel. Il est difficile pour eux de savoir où chercher un emploi ou vers quelle structure se tourner. Un service d’orientation serait donc indispensable.
3. Accompagnement des étudiants
Concrètement, comment se passent les échanges lorsqu’un étudiant vient vous consulter pour exprimer des préoccupations liées à son avenir professionnel ?
La plupart du temps, ces échanges ont lieu en salle de cours. Certains étudiants viennent nous voir, d’autres non. Ceux qui s’intéressent à la poursuite de leurs études, par exemple en master, ne savent pas toujours vers quelle spécialité se tourner. Dans ce cas, nous organisons des séances d’accompagnement avec les enseignants pour les guider. Par exemple, après leur formation ici, certains pourront se spécialiser en nutrition, microbiologie ou sécurité alimentaire, tandis que d’autres iront travailler dans des ONG ou d’autres structures.
Les étudiants viennent également nous consulter pour obtenir des conseils sur la suite de leurs études. Nous les encourageons aussi à assister aux interventions des professionnels invités, car ces derniers apportent des conseils spontanés et des orientations utiles.
Vous anticipez donc déjà certaines démarches. Vous orientez les étudiants vers des interlocuteurs pertinents, comme les professionnels invités, ce qui leur permet d’obtenir des conseils spontanés. C’est une bonne pratique.
Exactement.
Pour en venir aux anciens étudiants, quelles méthodes utilisez-vous pour rester informés de leur parcours après leur départ de l’université ?
Les anciens étudiants qui nous contactent régulièrement sont principalement ceux qui poursuivent des études supérieures (master, thèse). Ils reviennent vers nous pour demander des conseils ou des documents, et parfois nous les employons comme enseignants vacataires ou pour des missions ponctuelles.
En revanche, ceux qui sont déjà en emploi, notamment dans des ONG ou la fonction publique, nous contactent rarement. Ils peuvent nous croiser par hasard et nous saluer, et c’est à ce moment-là que nous en profitons pour leur demander des nouvelles. Certains nous informent qu’ils travaillent dans telle ou telle structure.
Peut-être pourrions-nous créer un groupe WhatsApp ou une plateforme pour maintenir le contact avec tous les anciens étudiants, y compris ceux qui ont quitté l’université depuis plusieurs années. Cela permettrait de leur donner des conseils et de partager des offres d’emploi ou des ressources utiles.
C’est une excellente idée. Nous pourrions ainsi toucher même ceux qui ont terminé leurs études il y a longtemps.
4. Préparation pour le secteur rural
Quel regard portez-vous sur la préparation de vos étudiants pour le secteur rural, qui est pourtant le cœur de votre domaine agroalimentaire ? Comment les préparez-vous spécifiquement pour ce secteur ?
Le secteur agroalimentaire est étroitement lié au développement rural. Par exemple, dans la région d’Ati, nous disposons d’atouts non exploités, comme la production laitière en saison pluvieuse ou la disponibilité de viande. Pourtant, ces filières ne sont pas transformées, faute d’orientation et de sensibilisation. Les étudiants formés ici ne s’intéressent pas suffisamment à ces opportunités.
Il existe pourtant des initiatives locales, comme une unité de fabrication de yaourt dans une sous-préfecture voisine ou une coopérative de viande séchée. Cependant, nous n’avons pas de contacts institutionnels avec ces structures. Il serait intéressant de publier ces informations et de réfléchir à des actions pour aider les jeunes à s’impliquer dans ces filières.
Les ONG et les acteurs locaux restent souvent cloisonnés, tout comme nous restons cantonnés à notre rôle académique. Pourtant, nous avons besoin les uns des autres. Il faudrait créer un cadre de collaboration pour le bien des jeunes.
Par exemple, nous pourrions impulser une dynamique de création d’entreprises avec l’appui des étudiants. Avec un financement adapté, ils pourraient mettre en place de petites unités de transformation sur place. La matière première est disponible, il suffit de la valoriser.
5. Enseignement pratique et partenariats
Dans vos enseignements, quelle place accordez-vous aux gestes professionnels spécifiques au métier agroalimentaire ? Comment intégrez-vous la pratique dans votre pédagogie ?
Les gestes professionnels sont essentiels. Par exemple, un vétérinaire doit savoir manipuler correctement une seringue sans utiliser ses dents pour enlever l’embout, ce qui serait un geste non professionnel. Dans chaque enseignement, nous insistons sur les gestes adaptés à la profession pour garantir la qualité du travail.
Malgré des moyens limités, nous restons dans une logique de professionnalisation. Si nous n’avons pas le matériel nécessaire, nous ne faisons pas de compromis sur la qualité de l’enseignement. Les étudiants apprennent ainsi à respecter les bonnes pratiques.
Avez-vous suffisamment d’outils et de ressources pour dispenser un enseignement pratique de qualité ?
Non, nous manquons cruellement de ressources. Par exemple, nous devrions disposer de réactifs pour les analyses, mais nous n’en avons pas. Parfois, nous décrivons les procédures théoriquement, mais nous ne pouvons pas les démontrer concrètement aux étudiants faute de matériel. Cela limite considérablement la qualité de nos enseignements.
Pourriez-vous envisager des partenariats avec des structures comme les hôpitaux pour étudier des problèmes concrets, comme la malnutrition, et proposer des solutions adaptées ?
Nous n’avons pas encore développé ce type de partenariats. Par exemple, nous pourrions étudier la composition de farines enrichies pour lutter contre la malnutrition infantile. Si nous avions une unité de production autonome, nous pourrions approvisionner les structures locales en produits adaptés.
Actuellement, nous réalisons des travaux pratiques dans ce domaine, mais nous n’avons pas encore mené d’études sur le terrain pour identifier des problèmes spécifiques à résoudre. Nous manquons de temps et de ressources pour cela.
Cependant, votre proposition est pertinente. Nous pourrions travailler à la création de protocoles et solliciter des décideurs pour mettre en place des solutions concrètes. Cela permettrait d’impliquer plusieurs étudiants dans des projets concrets et de favoriser leur insertion professionnelle.
6. Parcours entrepreneurial
Pour terminer, quel est votre avis sur la mise en place de parcours de formation où l’obtention du diplôme serait conditionnée par la création d’une entreprise ou la réalisation d’un projet entrepreneurial ?
Ce serait une excellente initiative. Cela nous aiderait à évaluer la qualité de notre formation et à nous améliorer. Aujourd’hui, les étudiants entrent à l’université, suivent leur cursus et en sortent sans savoir où ils vont. Nous, les encadrants, manquons de repères pour savoir si notre formation correspond aux besoins du marché.
Si des structures nous aident à mettre en place ce type de parcours, ce serait très bénéfique. Par exemple, nous pourrions former un groupe d’étudiants qui, en plus de leur mémoire individuel, présenterait un projet entrepreneurial collectif. Cela les préparerait directement à créer une start-up opérationnelle.
Il existe déjà des entreprises locales, comme les opérateurs de téléphonie mobile. Pourquoi ne pas les solliciter pour les impliquer dans ce processus ? Souvent, ils disposent de fonds mais ne savent pas comment les utiliser. Nous devons sortir de notre zone de confort et passer à la pratique.
Merci pour ces échanges enrichissants. Avant de conclure, avez-vous un mot de la fin à adresser à l’issue de cette rencontre ?
Ce que vous nous proposez est porteur d’espoir et nous aidera à être plus objectifs dans notre approche. Chaque année, nous formons des étudiants qui ne savent pas où chercher un emploi. Votre intervention nous éclaire et nous permettra de mieux accompagner nos étudiants.
En unissant nos efforts, nous pourrons faire mieux que ce que nous faisions auparavant. Merci beaucoup pour ce projet. J’ose croire qu’il aboutira comme vous le souhaitez.
Merci à vous. Je vais rapporter à mes commanditaires ce que j’ai entendu ici aujourd’hui. Nous espérons que cela aboutira comme vous le dites.
Merci.