Evaluer avec les IAG

Si vous choisissez de réaliser des évaluations dans lesquelles l’emploi des IAG n’est pas (ou très peu) admis, vous devrez choisir des modalités qui restent résilientes à leur utilisation si vous voulez vous assurer que les étudiants respectent ce choix. En effet, bien qu’il existe à l’ENS de Lyon un logiciel qui détecte la probabilité pour un texte d’être généré par IAG, ce type d’outil n’est pas entièrement fiable et ne permet en aucun cas de prouver que l’étudiant s’est servi des IAG pour rédiger son devoir.
En plus de l’évaluation « sur table », qui est à l’évidence une évaluation qui limite presque entièrement (sauf « triche » classique) l’utilisation d’un outil tiers pour s’aider à rédiger, il existe d’autres modalités d’évaluation qui peuvent, par leur nature, limiter au minimum l’apport que les IAG peuvent amener aux étudiants.

Lors d’une évaluation orale, l’étudiant doit répondre en temps réel devant un enseignant ou un jury, justifier ses choix et ajuster son discours face aux questions ou relances. En plus d’être un type d’évaluation intéressant par le fait qu’il permet de vérifier que l’étudiant peut mobiliser une grande partie des notions fondamentales d’un cours donné, et donc de fournir des analyses complètes argumentées, les évaluations orales sont totalement résilientes aux IAG : même en cas d’utilisation d’un outil d’IAG lors de la phase de préparation de l’oral, une fois devant le jury l’étudiant doit s’adapter aux questions directes et construire un argumentaire qui doit refléter les connaissances et les compétences qu’il a acquises.
Cette forme d’évaluation met en avant trois dimensions :
- Réactivité : l’étudiant doit analyser rapidement une question, organiser ses idées et formuler une réponse cohérente.
- Justification : il ne suffit pas de donner une réponse correcte ; il faut expliquer pourquoi cette réponse est pertinente et comment elle s’insère dans le cadre étudié.
- Adaptation : l’enseignant peut poser des relances, demander des précisions ou présenter des objections, obligeant l’étudiant à ajuster son raisonnement en temps réel.
Les limites de ce genre d’évaluation est qu’il est chronophage, logistiquement plus compliqué (convocation d’un jury, grille de notation harmonisée entre les différents étudiants, multiplication des sujets qui se doivent d’être distincts d’un étudiant à l’autre, etc.), et qu’il ne permet pas, si c’est cela qu’on souhaite, de vérifier finement la connaissance de tous les concepts ou notions prévues dans un programme de cours, puisqu’il s’agit surtout d’une évaluation globale.

Les évaluations processuelles se distinguent des évaluations classiques qui se concentrent sur le produit final (dissertation, rapport ou synthèse). L’objectif est de suivre et évaluer le cheminement intellectuel de l’étudiant, sa capacité à planifier, expérimenter, ajuster et réfléchir sur sa propre démarche.
Autrement dit, l’évaluation s’intéresse aux stratégies employées, aux difficultés rencontrées et aux décisions méthodologiques plutôt qu’à un résultat final parfaitement rédigé. Cela implique de rendre visibles les étapes de la pensée : hypothèses initiales, analyses intermédiaires, erreurs et ajustements successifs.
Les IAG peuvent produire un texte final cohérent, mais elles sont incapables de reproduire le parcours intellectuel propre à chaque étudiant, avec ses hésitations, expérimentations et ajustements successifs. Ce processus de réflexion, lié à l’expérience personnelle de recherche et aux choix contextuels, est unique et ne peut être simulé par une IAG. En se concentrant sur la démarche plutôt que sur le résultat final, vous rendez l’évaluation plus difficilement délégable à une IAG.
Ce type d'évaluation repose sur :
- La documentation du processus : l’étudiant consigne ses réflexions et décisions au fur et à mesure de l’avancement de son travail.
- La réflexion sur les choix méthodologiques : l’accent est mis sur la justification des méthodes employées et sur les ajustements effectués en fonction des obstacles rencontrés.
- L'apprentissage visible : l’enseignant évalue non seulement le résultat final, mais la progression, la capacité d’adaptation et la maturité méthodologique.
La limite de ce type d’évaluation est qu’il peut donner l’impression de doubler la charge de travail pour l’étudiant, qui doit à la fois rendre un devoir et documenter son parcours jusqu’à la rédaction finale. De plus, si la notation est axée sur le processus plutôt que sur le résultat, le risque est que l’étudiant se disperse en se concentrant plus sur la rédaction d’un carnet de bord que sur le résultat attendu. Enfin, rédiger un journal, formaliser ses choix et ses réflexions requiert une méthodologie particulière qui ne peut pas forcément être demandée à tous les étudiants, notamment ceux qui sont encore en début de cursus universitaire.